Serge GIRARD : le tour du monde à la rame et en courant !

Serge Girard | mongoderville

mongoderville a eu la chance de rencontrer Serge GIRARD, coureur de très longues distances, qui se prépare actuellement pour son nouveau challenge : faire le tour du monde à pied (sur les continents) et à la rame (sur les océans).

Serge Girard | mongoderville

Serge Girard : Le départ a été fixé officiellement au 1er mars 2015. Le périple de Serge GIRARD va commencer par la course à pied avec le tour de l’Ile de la Réunion (côte Est > côte Ouest) pour laquelle il faudra compter environ 4 jours.

Pour programmer une date de départ, il devait impérativement commencer par la course à pied, un départ à la rame étant trop dépendant de la météo. Ce tour du monde est annoncé sans interruption mais il peut être contraint d’attendre un ou deux jours avant de pouvoir prendre la mer lors d’une étape à la rame.

// mongoderville : A sept mois de l’événement, où en êtes-vous des préparatifs ?

Serge Girard : Ma compagne Laure gère spécifiquement toute la partie logistique et nous sommes en plein dedans. Actuellement nous prévoyons le transfert du bateau entre les différentes étapes. Lors de la traversée de Madagascar par exemple le bateau sera transporté par la route. Par contre il fera le trajet dans un container pour faire le tour de l’Afrique par la mer et me rejoindre sur la côte Ouest. autant le bateau est robuste sur la mer autant il est fragile lors de ses déplacements sur terre.

La préparation logistique en général est extrêmement compliquée. Au-delà des soucis liés au fret maritime, il nous faut aussi anticiper la traversée des différents pays et océans afin d’assurer nos destinations et dans le timing souhaité.

// mongoderville : Où en êtes-vous au niveau du sponsoring ?

Serge Girard : Nos deux sponsors principaux sont Leclerc et le Conseil Général. Quelques mécènes nous aident aussi financièrement et nous avons mis en place une souscription lancée via le site internet www.sergegirard.org. Par ce biais, il est possible d’avoir son nom sur le site internet, le bateau et le t-shirt.

Nous devrions faire quelques apparitions TV d’ici la fin de l’année, chaque intervention permettant de mobiliser de nouveaux souscripteurs. Nous serons aussi présents lors de 2 ou 3 salons importants pour exposer le bateau : Le Grand Pavois à La Rochelle du 17 au 22 septembre, le salon Le Mille sabords du Crouesty du 30 octobre au 2 novembre et certainement le Salon nautique de Paris du 6 au 14 décembre.

Nous sommes toujours à la recherche de nouveaux partenaires afin de boucler le budget qui se monte tout de même à 400 000 euros.

// mongoderville : Comment vous préparez-vous psychologiquement ?

Serge Girard : En dehors de l’aspect physique, ma préparation mentale est différente des autres challenges, il y a cette fois-ci la partie nautique qui est nouvelle pour moi. Concernant la course à pied je n’ai pas de préparation mentale particulière, je le fais car j’adore courir et ma thérapie c’est justement la course à pied.

Pour la partie maritime j’ai repris la sophrologie tout simplement pour essayer d’apprendre à gérer les situations de stress. A la grande différence de la partie terrestre, je vais me retrouver seul sur le bateau à devoir gérer toute situation de panique qui pourrait survenir. Et il y en aura sûrement…

L’intérêt d’être seul en mer est aussi de me retrouver en solitaire, coupé du monde. Il y aura cependant une liaison satellite et les internautes pourront me suivre sur terre comme sur les océans : toutes les 15 minutes, un traceur indiquera ma position.

// mongoderville : Et à votre retour ?

Serge Girard : Ensuite, au retour, c’est toujours un peu la même chose. Je n’ai pas de période de manque ou de blues car avant même de boucler un périple, j’ai déjà une idée du futur challenge. Tout se passe d’abord dans la tête. Et contrairement aux gens de l’équipe qui doivent reprendre leur vie « normale », moi je commence à suivre le montage du film dès mon arrivée. Ensuite il y a les conférences, les expositions… En fait, je ne sors jamais vraiment des aventures. Au final, ma vraie vie c’est lorsque je suis sur la route.

Ne pouvant pas vivre sans objectifs, j’ai toujours besoin d’avoir en tête plusieurs projets de défi et avant même la ligne d’arrivée le prochain sera sans doute décidé. C’est aussi une thérapie qui me permet d’avancer et durant la course, j’ai tout le temps d’y penser et de préparer d’autres challenges dans ma tête…

On me demande souvent si je compte arrêter un jour et quand. Je ne le pense pas. On peut toujours relever des défis, ils seront sans doute plus « softs » avec le temps mais je ne serais sans doute jamais à court d’idées.

Serge Girard | mongoderville

Crédit photo : Alan Aubry

// mongoderville : De quelle façon vous entraînez-vous ?

Serge Girard : Je m’entraîne toujours seul. J’ai mes parcours dans la région, je reste un solitaire et la rame va me conforter encore en ce sens.

Je cours en général entre 40 et 60 km par jour. Ce nouveau défi a changé la donne car je dois m’entraîner aussi à la rame, je me partage donc entre ces deux activités. C’est plus compliqué avec la météo actuelle… Je fais également attention à la récupération et à ne pas faire d’entraînements trop intenses : ne pas faire la course avant la course !

Je ne veux pas me mettre trop de pression. J’espère pouvoir réaliser une moyenne de 60 km/jour sur terre et 80 km/jour sur mer.

// mongoderville : Vos parcours sont-ils détaillés et repérés à l’avance ?

Serge Girard : Avant nous faisions des repérages pour chaque course, je savais presque exactement où j’allais passer à l’avance. Depuis l’Afrique c’est différent, on ne fait plus de repérage systématique, du coup il y a encore plus de découverte. On vérifie simplement si les territoires traversés ne sont pas dangereux (zones de conflits, catastrophes naturelles…).

Le plus compliqué c’est d’obtenir les accords des instances locales. Le fait que j’arrive à la rame sur le continent africain pose problème par exemple. Ce n’est pas habituel… Idem pour les autorisations de filmer… Il faut parfois faire avec la censure.

// mongoderville : Durant un périple de ce genre vous est-il déjà arrivé de vouloir arrêter ou de vous demander ce que vous faisiez là ?

Serge Girard : Jamais. En cas de blessures, je fais tout de même attention afin de pouvoir être capable de boucler le défi, il m’arrive donc de ralentir un peu. Mais jamais je ne me pose cette question. On a toujours cent raisons d’arrêter ou de ne pas reprendre une course, finalement j’en trouve toujours une bonne pour continuer, la principale étant de vouloir finir ce que j’ai commencé.

// mongoderville : Vous avez commencé à courir tardivement ?

Serge Girard : J’ai fait du foot depuis tout petit mais je me suis mis effectivement à la course vers 30 ans. Je ne voyais pas l’intérêt de courir. Je me suis rapidement à courir des 20 km et des marathons et très vite, je me suis rendu compte que la course à pied représentait un énorme travail sur soi, c’est ce qui m’a fait en devenir addicte.

Serge Girard | mongoderville

La course à pied c’est une leçon constante d’abnégation, ne jamais renoncer et arriver au bout. J’ai couru ainsi pendant 10 ans et un jour j’ai découvert « La grande course de Flanagan » qui retrace la première traversée des USA en courant, en 1928, entre Los Angeles et New York. C’est à la lecture de ce roman que j’ai eu envie de faire des courses de fond. Il a d’ailleurs incité beaucoup d’autres coureurs. Pour l’anecdote les droits de l’ouvrage ont été achetés par Quentin Tarantino…

Ensuite, je suis très vite devenu addicte à l’effort, au fait de me dépasser physiquement et mentalement et pour moi la course à pied est idéale dans le fait de se déplacer seulement par la force humaine. L’effort physique me fait voir les choses de façon beaucoup plus belle. Je fais partie d’une génération qui a appris à donner pour recevoir et j’ai ce même sentiment quand je fournis un effort physique. Je suis beaucoup plus réceptif à ce moment là, je me souviens de tous les bruits, toutes les odeurs de mes différentes aventures. Tous les sens sont en éveil dans ce type d’effort au long court. Cette approche permet aussi d’éviter une certaine forme de souffrance. Dans les courses de fond comme dans la plupart des sports, il faut nécessairement cohabiter avec la douleur, cela fait partie du jeu.

On apprend par la force des choses à mieux connaître son corps et surtout ses capacités mentales qui n’ont pour moi aucune limite. Concernant la douleur durant le parcours, il s’agit d’une douleur choisie puisque volontaire donc beaucoup plus supportable.

// mongoderville : Quels types de compétitions vous tentent moins désormais ?

Serge Girard : Il y a des courses que je ne souhaite plus faire car je suis trop attaché au côté solitaire de mes challenges. Certains pensent que je n’aime pas les autres, bien au contraire je partage beaucoup lors de mes courses. Mais ce type d’activité nécessite un certain isolement que j’apprécie particulièrement.

Les gens me demandent souvent quel est l’animal le plus dangereux que j’ai rencontré. Je leur réponds sans hésiter l’être humain.

// mongoderville : Vous ne vous dites jamais qu’il est temps d’arrêter ?

Serge Girard : Non ! Je n’y pense absolument pas. Je suis un peu comme une tortue, tant au niveau du rythme que de la longévité. Une tortue qui vit environ jusqu’à 200 ans atteint l’âge de puberté vers 60 ans. Je me dis donc que finalement je ne fais qu’entrer dans l’âge de la puberté. Et puis surtout il faut s’adapter. Il est évident que j’irai moins vite à 70 ans qu’à 40. S’il le faut je marcherai, l’important étant de progresser, de parcourir la planète et d’en profiter au maximum.

// mongoderville : Quels pourraient être vos prochaines aventures ?

Serge Girard : J’ai un projet qui me tient particulièrement à coeur, ce serait de faire le pôle Sud mais aussi une course qui se passe en Alaska, l’Iditarod : plus de 1800km de trail en autosuffisance alimentaire. Ensuite c’est l’Australie, car nous sommes tombés amoureux de ce pays. Dans mes objectifs les plus fous ce serait de traverser l’Australie à 100 ans en marchant. En espérant que ce ne soit pas mon ultime défi…

le site internet de Serge Girard

le site du tour du monde

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